Le lendemain nous étions donc de retour sur la route. La première nuit fut très instructive et nous savions désormais qu’il était judicieux d’éviter les monuments aux morts pour y passer la nuit. Le chauffage avait également plutôt bien fonctionné. Une petite bombonne de gaz permet de chauffer l’eau, cuisiner et chauffer notre résidence mobile. La nana de Pacific Horizon nous avait dit qu’on pouvait se lâcher sur le gaz vu qu’ils nous rembourseraient tous nos frais de remplissage de bombonne.
On the road again...
Nous nous dirigions vers le Sud. L’objectif était d’atteindre Dunedin le soir en faisant un petit arrêt à Oamaru pour y observer la colonie de pingouins rachitiques. Cette première journée nous permit de commencer un peu à sortir de la ville même si les paysages demeuraient plutôt ordinaires, bien que tout de même fort agréables. Les premiers moutons faisaient leur apparition, par centaines, et des petits oiseaux dépressifs venaient s’écraser sur notre camping-car, donnant ainsi un petit rythme à notre trajet (Vrooouuuum… Paf ! Piou ! Vrooouuuum… Paf ! Piou ! etc.) en plus de l’Ipod qui tournait sur une merveilleuse playlist hétéroclite que j’avais soigneusement préparée avant le départ.
Nous sommes arrivés à Oamaru pour le déjeuner et avons trouvé un petit coin de paradis pour nous arrêter : une falaise au bord de l’océan pacifique ou notre imagination timide osait à peine concevoir que la prochaine côte dans cette direction était celle de l’Amérique du sud. Heureusement, pour nous faire redescendre sur Terre, on pouvait remarquer, en baissant la tête, d’affreux morceaux de métal rouillés qui ruinaient complètement le paysage. Si on décidait de regarder de l’autre côté, on avait vue sur la zone industrielle d’Oamaru. La solution était donc de profiter du ciel bleu et de regarder en l’air. Décidément, nous avions un don pour choisir nos points d’arrêt.
Apres avoir engouffré nos succulents sandwich jambon – beurre – fromage néo-zélandais premier prix, nous sommes partis à la recherche des fameux pingouins d’Oamaru. Il fallait normalement payer, mais nous étions décidés a faire nos français de base afin de trouver un moyen de contourner cette absurde taxe (pourquoi doit-on payer pour voir des pingouins et pas des pigeons me diriez-vous – de la discrimination raciale ?). Nous nous dirigions donc au point de rendez-vous des pingouins de NZ et approchions de notre cible quand tout a coup Quentin se mit a hurler : « Des pingouins ! Là !!!!! ». Haha, nous venions d’humilier le grand capitalisme omniprésent. Nous avions trouvé des pingouins gratuits !
Nous avons donc garé notre parpaing roulant et nous sommes dirigés au pas de course vers le ponton sur lequel se trouvaient les objets de notre convoitise. Ce qui était tout de même frappant, c’est que le ponton devait se dresser a plus de 3 mètres au dessus de l’eau et que je n’arrivais pas à comprendre comment ces fichus piafs qui ne peuvent pas voler avaient fait pour grimper dessus. Les mystères et merveilles de la nature me suis-je dis en contemplant de loin ces ovipares à la posture rigolote. Mon émerveillement fut de courte durée puisqu’en nous approchant nous nous rendîmes compte qu’il ne s’agissait pas de pingouins mais de cormorans qui séchaient juste, le torse bombé au soleil, ce qui leur conférait, de loin, la silhouette d’un pingouin.
La désillusion fut rude mais notre caractère suffisamment trempé pour ne pas abandonner notre quête du pingouin à moindre coût. Nous sommes donc allés directement au « pinguin center » en se disant que de toute façon, si les pingouins arrivaient sur une plage, il devait bien y avoir moyen d’accéder à cette plage autrement que par le guichet du centre. Ceci dit, il était indiqué que les pingouins n’arriveraient qu'à 17h15. Etant de notoriété publique qu’un pingouin n’arrive jamais en avance, il nous restait donc un peu de temps pour visiter les environs. Nous avions repéré une jetée très prometteuse sur laquelle se reposaient des dizaines de cormorans, ces oiseaux perfides qui imitent les pingouins afin de dérouter les touristes. C’etait l’endroit idéal pour prendre notre revanche. Notre plan était d’aller jusqu’au bout de la jetée afin de faire fuir tous les cormorans et les obliger à aller à l’eau. Parfaitement machiavélique et mature. Nous progressions de bon pas et les premiers oiseaux commencaient à fuir, quant, tout a coup, aux ¾ de notre parcours, une vague s’est brisée sur la jetée, provoquant une gerbe d’eau de 2,5 mètres de haut qui nous a completement trempés. Les cormorans étaient morts de rire et nous avons rebroussé chemin.
En ce qui concerne notre entrée par effraction sur le territoire des pingouins, ce fut un echec. L’ensemble de la petite plage était encadrée par des grillages, et il était impossible d’échapper aux 15 $ pour aller voir 4 pauvres pingouins de 5 cm de haut sortir sur une plage toute moche depuis une arène construite pour les touristes. Nous sommes donc remontés dans notre Eclipse 6 tout confort, direction Dunedin ou nous devions passer la nuit.
Dunedin est une autre « grosse » ville de NZ, la deuxième ville de l’Ile du Sud. Mon colloc australien m’avait conseillé d’y aller, ça tombait bien, c’était sur le chemin. Ce qu’il y a de plaisant dans ce genre de ville néo-zélandaise, c’est qu’on retrouve un peu le genre d’agencement que l’on a en Europe. Comme de toute façon ces villes sont trop petites pour que des entreprises viennent s’y implanter et y construire des tours, le centre ville n’est globalement constitué que de commerces agencés autour d'une cathédrale et d’une place centrale. On sort également du schéma « toutes les rues seront soit parallèles, soit perpendiculaires » et on finit par retrouver une ville qui ressemble à quelque chose. Nous avons posé notre camping car sur le parking de la gare de Dunedin, gare assez jolie, ce qui fait egalement plaisir, et avons fait un tour en ville. Malgré l’heure tardive, la cathédrale était ouverte et nous avons pu y rentrer. Bien sûr, on est tombé sur un truc special ou il fallait chanter et un gars du staff est arrivé tout content en nous tendant des bibles et en nous disant « Oh ! il n’y a pas grand monde ce soir !». Le pauvre a été très deçu quand nous lui avons rendu ses livres en 2 secondes. Après un petit verre dans un bar bien chauffé, nous avons repris notre camping car, l’histoire de ne pas dormir en pleine ville (remember Ashburton) et sommes montés sur les hauteurs de Dunedin ou nous avons trouvé un petit coin isolé avec une belle vue sur la baie de Dunedin et un ciel magnifiquement étoilé. Inutile de dire que nous étions particulierement fièrs de nous ce soir là - on s'était enfin arrêté dans un endroit qui ressemblait à quelque chose. Nous avons donc passé une excellente vraie première soirée avec petit apéro et dîner dans le camping-car, le rêve absolu de tout être accompli.
Mais la trêve ne fut que de courte durée. En effet, le lendemain soir, il fallait être à Te Anau ("T'es Arnaud" en créole), point d’accès aux fjords qui doivent faire partie des paysages les plus reproduits de NZ. Nous sommes retournés sur Dunedin, l’histoire de la voir de jour, et on ne sait pas trop pourquoi, nous nous sommes dis qu’on allait visiter le port industriel de la ville. Nous avons ainsi eu l’opportunité d’admirer de magnifiques hangars ainsi qu’une très belle raffinerie avant de rebrousser chemin et de nous diriger vers un endroit beaucoup plus glamour, les toilettes du visitor center de Dunedin.
Nous avons ensuite passé toute l’après midi à rouler vers l’ouest pour rejoindre Te Anau et son fameux lac. Les paysages observés devenaient franchement sympathiques et nous avons fait une pause déjeuner en basse campagne, au milieu des enclos de moutons et de daims.
Nous sommes arrivés à Te Anau alors qu’il faisait déjà nuit. Nous avions besoin de refaire le plein d’eau et de décharger nos eaux usées (celles de la douche et de la vaisselle) et avons donc trouvé une « dumping station ». Le remplissage du réservoir fut difficile, notre tuyau n’étant pas compatible avec le robinet, nous avons du faire la jointure entre les deux à mains nues, sachant qu’il faisait très froid et que le tank a eau faisait 120 L (pour ceux qui n'auraient pas appris par coeur les caractéristiques techniques de notre camping-car que j'ai décrites dans mon précédent post), on s’est gelé les mains. Heureusement, grâce à mon sens aiguë de l’observation, on a gagné un temps precieux puisque j’ai remarqué que le camping car disposait de soupapes de securité qui laissaient couler l’eau sous le vehicule lorsque le tank était plein. Vu que nous attendions désespérément que l’eau remonte par l’orifice par lequel on remplissait le tank, nous aurions pu attendre longtemps…
Loïc nous faisant une crise parce que son appareil photo n’avait plus de batterie (ceux qui étaient avec nous à Bruxelles comprendront dans quel état il devait être), nous devions également trouver un endroit où nous « brancher » comme disait Julie, qui décidément s’était mieux que tout le monde adaptée à la vie en camping-car (Julie ne quittait plus sa bouteille de Ricard qu'elle avait trouvée en Duty Free à l'aéroport) : « Bon alors, ce soir, on s’branche ?? ». Il faut en effet savoir qu’en mode classique, les prises de camping-car ne délivrent que du 12 volts, ce qui est complètement crétin vu que personne ne dispose d’appareil en 12 volts. Ainsi, pour passer en 220 volts, il faut brancher le véhicule sur une borne prévue à cet effet. D’ailleurs, on ne peut utiliser le micro-onde que lorsque l’on est branché. Loïc a donc profité de cette occasion pour nous organiser une petite visite guidée de l’ensemble des campings « special camping-car » de Te Anau. L’objectif étant de payer le moins cher, il a tenu à comparer absolument tous les prix et donc du coup à la fin, on a craqué et on s’est choppé un emplacement sans payer, juste pour 2 heures. Loïc était un peu frustré parce qu’il y avait bien 2 ou 3 autres campings qu’il aurait voulu visiter, mais cette decision a eu le mérite d’éviter son défenestrage (ou le suicide de Quentin, on ne le saura jamais).
Après avoir volé 2 heures d’électricité, et rechargé tout ce que nous avions sous la main, nous sommes partis chercher un joli emplacement pour y passer la nuit. L’endroit trouvé n’était pas particulierement isolé, mais on etait au bord du lac, cela nous suffisait. Le lendemain matin nous avons eu la surprise d’expirer de la vapeur d’eau au réveil. La bombonne de gaz s’était vidée pendant la nuit, le chauffage s’était arreté et la température intérieure avait egalé la température extérieure. Heureusement, nos amis de chez Pacific Horizon nous avaient donné de bonnes couettes ainsi que de superbes sacs de couchage qui nous ont bien tenu chaud pendant la nuit. Cependant, la sortie du lit fut très difficile avec un choc thermique de bien 30 degrés (si je prends comme postulat de départ qu’il faisait 37 degrés sous la couette – ce qui est en soi tout à fait criticable mais rend la différence bien plus impressionante à lire). La première chose à faire fut donc d’aller urgemment chercher du gaz. Nous devions également faire le plein d’essence et refaire encore un fois le plein d’eau. En effet, le jour même, nous quittions la civilisation pour entrer dans le domaine des fjords où les « dumping stations » et stations essence ne sont pas légion (enfin si, il y a une station essence au bout mais 3 fois plus chère que les stations classiques). Je suis également allé m’acheter des chaussures de randos. Loïc, mon fournisseur officiel de materiel que je n’avais pas m’avait prêté un manteau, des gants et des chaussettes mais ne possédait pas de chaussures supplementaires. Quand je vous disais qu’il ne servait à rien. J’ai donc acheté pour la modique somme de 100 $ NZ une paire de chaussures de rando marrons en solde du plus belle effet qui se marriait très bien avec mes deux jeans Levis tous neufs que j’avais eu l’excellente idée d’emmener car parfaits pour des randonnées en montagne. Une fois toutes ces étapes remplies, nous étions sur le depart pour les fjords…

