dimanche, novembre 05, 2006

Encore une fois, sous la pression des milliers de lettres que je reçois chaque jour, je reposte à nouveau, pour votre plus grand plaisir.

Malheureusement, il ne s’est pas passé grand-chose ces derniers jours. Pas vraiment de quoi refaire un poste égocentrique où j’explique comment c’est incroyable de vivre en Australie, comment on se fait attaquer par des oiseaux, comment on enterre sa carte bleue sous l’opéra de Sydney ou encore, comment on vit constamment dans la peur de se faire égorger la nuit par un norvégien instable. Enfin bref, le genre de post où j’explique à quel point c’est complètement démodé et un brin pathétique de vivre en France.

Je vais tout de même essayer de rendre ça intéressant grâce à de nombreux effets de style littéraires dont j’ai le secret et qui masquent efficacement la pauvreté d’un récit.

Bon et bien en gros, je suis en période de partiel, et c’est génial. Ça s’étale sur plus de deux semaines et je n’ai que 4 exams. La moitié de mes collocs (norvégien non compris) est en vacances et moi je dois poireauter jusqu’au 16. Pendant ce temps là, mes collocs me foutent la rage, genre :

- « Et Arnaud, ça te dit de sortir ce soir ? On va trop faire la fête et vomir partout, ça va être génial !»

- « Euh non merci, il me reste encore 10 powerpoints de 80 slides à apprendre par cœur pour mon partiel de demain »

Et oui, pour le moment, c’est mon expérience des partiels. Une seule solution pour cartonner : tout apprendre par cœur. Le seul problème, et pas le moindre, c’est la motivation. Surtout pour les matières pipo.

Bon parce que nous, en France, on a aussi des matières pipo (Marie-Noëlle ! Marie-Noëlle !). Des cours où tout ce que l’on nous sort, c’est du vent même pas rafraîchissant. Mais en France, au moins, on peut répondre à du vent par du vent (une variante à « combattre le feu par le feu »). C'est-à-dire qu’on peut se pointer en partiel et raconter toutes les conneries qu’on veut. Comme le but de la matière, c’est de ne rien dire autour d’un sujet flou, on peut marquer n’importe quoi au partiel, à partir du moment où on ne raconte rien.

Mais en Australie, ce n’est pas pareil. En effet, on ne peut pas se permettre de sortir le vent qu’on veut. Le vent est déterminé par avance par le cours, et ce de manière très précise.

Prenons un exemple, celui de mon cours intitulé « Architecture d’Entreprise ». Bon, rien qu’au nom on sait que c’est du pet de kangourou. Alors dans ce cours, on va vous expliquer que l’architecture d’entreprise (dont on prendra soin de ne jamais définir clairement ce que c’est de manière à ce que l’élève puisse s’imaginer indifféremment qu’il s’agit d’un type de maçonnerie particulier ou d’un concept révolutionnaire qui va permettre à toutes les entreprises d’éclater la gueule de ses concurrents) est composée de 4 domaines : l’architecture du business, l’architecture des applications, l’architecture de l’information et l’architecture des technologies.

Bon, jusque là rien de choquant, ce n’est que du vent. Par exemple, en France, pas besoin d’avoir lu le cours pour répondre à la question « qu’est-ce que l’architecture de l’information ? ». Tout individu étant doté d’au moins deux neurones (et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ça fait du monde), est capable de bidouiller une réponse du genre « c’est le fait de structurer l’information nécessaire à l’atteinte des objectifs stratégiques et financiers de l’entreprise et d’assurer sa bonne transmission entre ses différentes entités, l’entreprise étant avant tout un corps hétérogènes formée d’hommes provenant de divers horizons et organisés aux seins de processus métier », ou toute autre connerie dans le genre. En tous cas, en France, l’élève peut laisser libre cours à son imagination et raconter l’histoire qu’il veut, permettant par la même occasion au correcteur de continuer à voyager au fur et à mesure qu’il corrige des copies sans tomber dans la monotonie déprimante de la lecture définitions qui se suivent et se ressemblent.

En Australie, donc, il en va tout autrement. Pas question de répondre n’importe quoi à une question qui bien que parfaitement venteuse, n’en demeure pas moins très précise. En effet, ici, à la même question que celle citée précédemment on ne peut imaginer d’autres réponses que : « L’architecture de l’information est le résultat de la modélisation de l’information nécessaire au soutient des processus métiers et des fonctions de l’entreprise ». Bon alors là aussi, c’est du gros vent. On pourrait même dire du vent limite niveau Katrina. Et bien oui, peut être, mais c’est du vent homologué ! En Australie, on a donc le droit, et même le devoir de raconter du vent, mais attention, ce vent dois être présent dans le cours. En Australie, du vent oui, mais du vent en boîte !

Je vous laisse donc imaginer à quel point je passe des moments agréables à lire et relire mes powerpoints. Parce que c’est ça qui, à nous français, nous pose problème : en France, on n’a pas besoin d’apprendre du vent. En Australie, il faut l’apprendre. Mais avez-vous déjà essayé d’apprendre par cœur un truc qui ne veut rien dire ? Par exemple ce qui caractérise ce qu’ils appellent les « modèles référence », autre exemple ouraganesque de ce même cours. Je cite :

« Un modèle référence est basé sur un nombre réduit de concepts unificateurs. C’est une abstraction des concepts clés, de leurs relations et de leurs interfaces à la fois entre eux, mais également avec l’environnement extérieur. Il peut être utilisé comme une base à l’enseignement et servir à expliquer les standards aux non spécialistes ».

Bon alors évidemment, la première impression qu’on a, c’est la même pour tous, on se dit « Putain c’est grand ! ». Et oui, un gars a réussi à sortir ce truc là et a ensuite été repris dans des cours à l’université. Personnellement, j’adorerai pouvoir sortir des phrases comme ça que tout le monde répèterait ensuite. Surtout que la cerise sur le gâteau, c’est que cette phrase qui peut sembler anodine, ouvre en fait sur l’autre question que tout le monde se pose « Les systèmes de messages sont-ils de facto des modèles de référence ? ». Question à laquelle on meurt d’envie de répondre par l’autre non moins philosophique question : « et ta mère ! c’est un modèle de référence ? ».

Enfin bref, je ne vous raconte pas comment mon cerveau bugait pour apprendre ça. Je le sentais me dire (enfin se dire) : « Non mais t’es con, ça veut rien dire ton truc ». Bah oui, ça veut rien dire mais il faut que je l’apprenne quand même. C’est un peu un coup à devenir fou. Mais bon, ce partiel est passé (ce samedi matin 8h30, que du bonheur), plutôt même mieux que ce à quoi je m’attendais, mais je reste prudent. Je n’ai jamais senti cette matière.

Cependant, je tiens tout de même à préciser qu’en Australie, on n’apprend pas que du vent. On y apprend même des choses très concrètes qui nous servent au quotidien. Pour preuve, voici une photo d’une pancarte qui est affichée dans chacune des toilettes de ma fac. Je vous recommande de la lire attentivement, c’est très instructif. Bon, mon téléphone n'était pas en forme ce jour là et la photo est pas d'une définition à couper le souffle, je vous ai donc mis les sous-titres.


A part ça, Isabelle a acheté un Risk aujourd'hui (sans doute n'a t-elle pas supporter son humiliante défaite contre moi au Monopoly avant-hier soir). Souvenirs, souvenirs, des soirées à attaquer le Kamchatka en perspective ("tu sais ce qu'il t'attend au Kamchatka ? la MORT !" - private joke), comme au bon vieux temps. D'ailleurs, j'ai retrouvé des vieilles photos pour illustrer ça. Bouais, bon d'accord c'était avec la version Seigneur des Anneaux.



Autre grand événement de la journée, outre le fait qu'il a fait beau alors qu'on pensait qu'il allait pleuvoir : je me suis fait rembourser mon vélo. Enfin j'attends le chèque qu'ils vont m'envoyer. Mais du coup, c'est encore mieux que de le revendre en occaz : tu l'achètes, tu l'utilises, tu le casses et tu te le fais rembourser. Bon, j'exagère, c'était quand même vraiment de la merde ce vélo et c'était une honte qu'il était en libre vente.

Ah, et j'oubliais : j'ai un nouveau mystère ! J'ai deux shorts, un jean et une chemise qui ont disparu. Alors bon, encore un autre grand brainstorming hier soir, toujours pas de solution. Peut va t-il encore demander à qui vous savez. Peut-être qu'il me les a emprunté parce qu'il avait fait un truc "embarrassing" et "dirty" avec les siens. Enfin bon, quand même, ça ne me rassure pas.

2 commentaires:

Antoine a dit…

C'est avec un grand plaisir que je reconnais la patte je m'en foutiste d'Arnaud dans sa façon d'appréhender les cours soit disant "pipo" et qui nous a valu moultes discussions animées autour d'une (plusieurs) bières (et cocktails). Je me permettrai donc juste d'ajouter (d'après ma petite expérience de larbin du grand capital) que si certaines multinationales du CAC 40 avaient dans l'idée de respecter un peu l'esprit des définitions sus-mentionnées et de s'organiser correctement elles n'auraient pas besoin de faire appel à des consultants à 1000€/jour (ou des stagiaires sous payés) pour démeler le merdier de leur entreprise dès qu'ils veulent changer un truc (genre mettre à jour un logiciel sans mettre en péril le reste de l'entreprise). C'est juste une petite remarque pédante en passant qui sera sûrement balayée d'un revers de main dans la suite :-)

++
Antoine

Anonyme a dit…

Deux questions : Arnaud va-t-il rester seul avec Hakon dans la grande maison quand ses colocataires seront en vacances ?? Et va-t-il proposer au-dit Hakon une mutualisation des dessous masculins de la maison, comme au bon vieux temps de Najet' ?